Tout nu su’l perron

homme-bbq

On l’a tous déjà vu : le gars en short beaucoup trop tôt qui, au mépris des avertissements météo, se promène les jambes jusqu’aux cuisses (selon la longueur dudit short) à l’air dans la sloche pas encore tout à fait printanière. « C’pas grave, c’est ben hydratant! » qu’il se dit peut-être, en faisant le plein de calcium par la peau. Ses mollets trop blancs s’accordent parfaitement au dernier banc de neige qui s’entête. On admire son enthousiasme météorologique tout en riant de sa semi-nudité un peu trop précoce. Lui, il l’a sentie, l’odeur de strip-tease dans l’air.

Il a envoyé sa tuque valser dans le fond du garde-robe, a fait mine de perdre ses mitaines comme les trois p’tits chats et entrouvert son foulard d’un air aguicheur afin de laisser le dernier petit mordant de mars lui croquer le cou. Ce qui le réchauffe avant que la neige ne fonde complètement, pendant que de notre côté on s’accroche encore à notre doudoune en plumes en maudissant la tempête de la Saint-Patrick? La chaleur du barbecue, qu’il s’empresse de starter dès que la miss météo a déclaré en ondes que les journées rallongeaient (même si ça veut dire retourner les burgers à la brunante en les assaisonnant de quelques flocons persistants). C’est ce qui s’appelle se mettre à nu (du moins des genoux jusqu’aux chevilles) pour célébrer le printemps, une sorte de néo-fête païenne pour célébrer le retour de la saison des petites briquettes. Avril, c’est fait pour ne plus porter qu’un fil.

Par Caroline Décoste
(Cet article est paru dans le numéro 7 du magazine, page 90.)

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