Le Petit Champlain en souvenirs

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Les pavés, les rues étroites, les commerces aux couleurs de fête, et le cap rocheux où glisse le funiculaire sont un théâtre de l’émerveillement. Puis, avec l’habitude, à force d’y repasser, il y a des choses qu’on ne voit plus, et le charme s’émousse un peu. Restent heureusement les souvenirs qui ajoutent une couche d’âme au pittoresque des lieux.

C’est comme pour une histoire d’amour, finalement. Quand l’effet de nouveauté se délite, la mémoire nous rappelle pourquoi on a aimé si fort. Et parfois, cela suffit pour raviver les sentiments.

Nous sommes en 1995. Je reviens tout juste d’un long périple en Europe et un ami m’engage pour servir de la bière sur l’un des sites des fêtes médiévales. Tous les jours, j’entre dans un Petit Champlain encore endormi, et la nuit, je le quitte dans l’euphorie. Les cracheurs de feu font apparaître des ombres inquiétantes sur les vieilles pierres. Les joueurs de vielle à roue se chargent de la trame sonore. Chaque fois que je marche dans ce secteur en été, je me souviens qu’il est l’écrin de moments d’une aussi rare que précieuse félicité.

2013. Décembre. Nous enregistrons une émission de télé pour Voir, dans le parc qui s’est creusé une place entre le Théâtre Petit Champlain et le restaurant Lapin Sauté. Entre collègues de longue date, devenus amis, nous échangeons blagues débiles et fous rires. Il fait froid, mais la nuit est parfaite; les lumières des Fêtes et l’ambiance des lieux suffisent à nous faire oublier les doigts et pieds gelés.

Le travail fini, nous longeons les commerces, leur devanture multicolore, puis nous trouvons une place dans un resto. Quand j’en sors, seul, des flocons tombent du ciel, avec une exaspérante lenteur. Et des dizaines de souvenirs de ces lieux me reviennent. Planté là, dans la nuit parfaite, je retrouve le moment de grâce du premier contact. Le souvenir de balades amoureuses. De visiteurs qu’on trimbale en ville.

Suffit de peu, ici, pour convoquer les souvenirs. Le décor garde tout en mémoire. À son contact, ce sont des morceaux de vie qui nous sont restitués. C’est ici que l’on cultive le mieux la nostalgie.

Par David Desjardins
(Cet article est paru dans le numéro 5 du magazine, page 68.)

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