La Y de Madame Tout le Monde

Katia de Pokomandy-Morin avec la présidente du conseil d'administration de la YWCA, Marie-France Poulin
Katia de Pokomandy-Morin avec la présidente du conseil d'administration de la YWCA, Marie-France Poulin

Il y a ces femmes, celles qui arrivent à la YWCA de Québec coiffées et maquillées, espérant qu’on n’y voit que du feu alors que le tapis vient de leur glisser sous les pieds. À Québec, l’itinérance au féminin a le visage de Madame Tout le Monde.

Chaque année, des femmes de tous les milieux viennent par centaines frapper à la porte de la YWCA de Québec. Victimes de violence conjugale, dépressives, aux prises avec un problème de dépendance, elles ont en commun d’avoir perdu leurs repères. Depuis 141 ans, la Y est là pour les aider à se refaire une vie en leur offrant à la fois un toit et beaucoup de réconfort.

Directrice générale de la YWCA de Québec depuis quatre ans, Katia de Pokomandy-Morin met l’épaule à la roue afin «d’amener les femmes vers le meilleur d’elles-mêmes». Elle est d’ailleurs toujours émue quand elle parle de celles qui débarquent à la Y la tête haute, sans avoir rien perdu de leur fierté. «Des femmes couchées sur un banc de parc, entourées de sacs, on ne voit pas ça ici.» La pauvreté a un visage ordinaire, qu’on ne remarque pas toujours.

Des femmes en difficulté, la Y en voit passer des centaines par année. Elles ont en moyenne 40 ans, viennent de perdre leur emploi, de se séparer ou souffrent de problèmes de santé mentale. «Malgré nos 50 chambres et quelques appartements, il est impossible de répondre à la demande tellement le nombre de femmes en difficulté ou sans domicile fixe augmente chaque année. Elles demandent souvent de l’aide à leur famille, à leurs amis, à des personnes qu’elles croisent sur leur route. Ça ne veut pas dire qu’elles soient en sécurité pour autant.»

Faire renaître l’espoir

Les besoins sont criants et la Y peine à y répondre. Elle a procédé l’an dernier à une collecte de fonds majeure sous le thème «Rebâtir l’espoir» dans le but de financer un important projet de mise à niveau de son bâtiment actuel, augmentant la capacité d’accueil de 20 % dès l’automne 2017. «La soirée-bénéfice Perles et gants blancs – où le chef de la reine d’Angleterre était à l’honneur – nous a permis d’atteindre et même de dépasser notre objectif de 1,5 million de dollars.»

Parce que c’est gros, les gens ont parfois la perception que la YWCA est riche. Katia de Pokomandy-Morin remet les pendules à l’heure : «Saviez-vous que 70 % de nos revenus annuels proviennent de l’autofinancement, que ce soit des inscriptions aux loisirs, des collectes de fonds ou des dons?» C’est pourquoi, malgré toute la créativité déployée, «la sollicitation du privé est chaque année à recommencer».

La petite équipe de la Y travaille sans relâche à trouver des philanthropes, souvent féminins, comme ces ambassadrices de la grande soirée-bénéfice De l’ombre à la lumière. C’est l’occasion de découvrir le visage d’une résidente qui vient témoigner de l’aide reçue, comme cette Madame J., qui s’est trouvé un appartement après un séjour prolongé à la Y. La directrice générale raconte son bonheur : «Après avoir connu la rue pour la première fois à 11 ans, J. arrivait à 50 ans l’âme en paix, confiante et outillée.» Des jours J, on en voudrait des tonnes.

ywcaquebec.qc.ca

Philanthropes d’un soir

Soirée-bénéfice De l’ombre à la lumière, le 23 novembre 2016 au Fairmont Le Château Frontenac
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La YWCA, c’est aussi un Centre filles qui accueille presque 500 ados de 13 à 17 ans, des formations en leadership féminin, une friperie, des cours de sport et de langues et des écoboutiques. Pour faire rouler tout ça, il faut presque 300 bénévoles par année.

Par Diane Laberge
(Cet article est paru dans le numéro 13 du magazine, pages 44-45.)

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