Dre Joanne Liu : l’humain d’abord

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En direct de Genève, d’où elle chapeaute les missions de l’organisation médico-humanitaire Médecins Sans Frontières, la Dre Joanne Liu a fait le point avec 16.08 sur la nécessité d’être, aujourd’hui plus que jamais, des citoyens du monde.

Pouvez-vous nous faire le portrait de Médecins Sans Frontières?

C’est une organisation non gouvernementale qui existe depuis 44 ans; aujourd’hui, c’est la plus grosse organisation internationale privée et financièrement indépendante au monde. MSF travaille dans plus d’une soixantaine de pays avec un budget opérationnel de 1,3 milliard de dollars, qui proviennent à 90 % de dons privés. Ça, ça veut dire des dons de ma mère, de votre mère, de votre oncle… Nous leur en sommes reconnaissants et redevables. Cette indépendance financière permet la frappe d’intervention. Nous ne sommes pas tributaires des politiques étrangères de pays donateurs.

Notre mission sociale est d’apporter des secours aux populations dans le besoin, que ce soit en raison de conflits créés par l’homme, de désastres, d’épidémies ou auprès de populations marginalisées.

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Où se concentrent vos actions à l’heure actuelle?

Nous travaillons à 60 % en Afrique, en raison des déserts sanitaires et des conflits armés qui y perdurent. Nous fournissons notamment des cliniques mobiles pour permettre l’accès aux soins. Là-bas, on meurt encore de maladies que l’on pourrait prévenir, comme la malaria et la pneumonie.

Une autre grosse partie de notre travail se déroule au Moyen-Orient, en zone de conflit. En mars, c’était «l’anniversaire» de cinq ans de guerre en Syrie…

Qu’est-ce qui attend MSF tout au long de l’année?

Il faudra préserver notre capacité de soigner des populations sur la ligne de front et nous assurer que les hôpitaux seront protégés, surtout à la suite des récentes attaques sur ceux soutenus par MSF au Yémen.

Nous sommes des médecins : nous soignons tout le monde, peu importe l’appartenance religieuse ou politique. Ça fait partie de l’éthique médicale, c’est dans la Convention de Genève, mais on doit réaffirmer ces principes-là : sur la ligne de front, peu importe qui est civil ou combattant armé, un blessé est un patient, qu’il représente l’ennemi ou non.

Comment les citoyens ordinaires peuvent-ils contribuer?

D’abord, il est nécessaire de briser son indifférence par rapport à ce qui se passe dans le monde. Certains se disent «ah, je ne peux rien faire», ferment la télévision quand les images de crises apparaissent. Mais ces grandes crises, il faut se les approprier, en parler. Ce sont les citoyens du monde qui font changer les politiques des gouvernements. Si les Canadiens descendaient dans la rue pour dire «on a accueilli 25 000 réfugiés syriens, on pourrait en prendre 25 000 de plus!», ça ferait bouger les choses.

Ensuite, il faut se demander «moi, comment puis-je agir de façon concrète?». Ce n’est pas tout le monde qui peut partir comme MSF, mais on peut tous contribuer à travers d’autres initiatives. J’ai des amis qui ont parrainé des réfugiés syriens; sans aller jusque-là, on peut participer à rendre l’accueil des migrants chaleureux et humain pour ces gens qui arrivent dans un monde polaire. Tout le monde peut trouver une façon de s’engager. Aujourd’hui, on est tellement interreliés qu’on ne peut pas vivre dans l’abstraction de l’autre même s’il est à l’autre bout de la terre.

Finalement, oui, c’est important que les gens donnent de l’argent. Mais pas juste à MSF! Donnez à une ONG à laquelle vous croyez, qui représente vos valeurs, qui s’engage à poser des actions que vous aimeriez voir posées.

msf.ca

Bio

La Dre Joanne Liu est née à Québec et a fait ses études en pédiatrie à Montréal. En 1996, elle se joint à MSF pour une première mission auprès de réfugiés maliens en Mauritanie. Elle a parcouru le monde afin de secourir des victimes de grandes crises humanitaires, comme le tsunami en Indonésie et l’épidémie de choléra en Haïti. En 2013, elle a été élue présidente de MSF; elle est la seconde Canadienne, après le Dr James Orbinski (Prix Nobel de la paix avec MSF en 1999) et la première Québécoise à occuper ce poste. Son mandat tire à sa fin et elle briguera de nouveau la présidence de MSF fin juin.

Entrevue réalisée par Caroline Décoste
(Cet article est paru dans le numéro 12 du magazine, pages 44-45.)
Images : Médecins sans frontières

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