Le buzz qui fait mouche

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Vous pêchez à la mouche? Vous êtes tellement tendance! Le sport se démocratise jusqu’à devenir le hit de l’heure, un nouvel art de vivre, voire une philosophie. Envie de faire mouche?

Longtemps, mon seul contact avec la pêche a été cette vieille canne à moucher héritée de mon grand-père et qui orne encore aujourd’hui le manteau de ma cheminée. Je m’étais toujours très peu intéressée à la passion de grand-père jusqu’à ce qu’un jour, guidée par des amis, je me retrouve à mon tour de l’eau jusqu’aux genoux, à taquiner ma première truite au beau milieu d’une rivière en écoutant le bruit du silence au petit matin.

Depuis les cinq dernières années, je ne suis pas la seule à avoir succombé à la tentation d’effectuer un retour aux sources. Quelque part entre méditation et yoga – et quoique sportive – la pêche à la mouche appelle à la zénitude. Il faut toutefois compter des heures de pratique avant de réaliser le fantasme ultime de voir sa soie se dérouler sans anicroche, dans un mouvement d’arabesque qui marie élégamment puissance et précision. Au Québec, nous serions des milliers – et de plus en plus de femmes –  à s’être laissé séduire par la beauté du geste autant que par celle du cadre naturel où se faire la main, dans le torrent d’une rivière ou la quiétude d’un lac.

Aujourd’hui, la pratique de la pêche à la mouche est étroitement liée à un style de vie très terre-à-terre, 100 % authentique et qui plaît aux épicuriens qui adorent tout ce qui vient avec. Comme l’heure du shore lunch au bord de la rivière, quand on grille sa prise toute fraîche à la poêle en ouvrant une bonne bouteille de vin entre amis, le couteau entre les dents.


 

TEMPS CLAIR, MOUCHE CLAIRE, TEMPS SOMBRE, MOUCHE SOMBRE

-Vieil adage


La tribu

À voir la déferlante entourant Hooké, la pêche à la mouche n’attendait que son tour pour s’éclater sur petit et grand écran. Histoires de pêche d’un passionné dans le point de mire.

Il y a deux ans, Fred Campbell, président de Fokus et Fokus Outdoor, décide de capturer quelques images d’un voyage de pêche à la mouche entre copains sur la rivière Restigouche, au Nouveau-Brunswick. La vidéo qu’il publie en ligne sur Vimeo génère des milliers de vues dès sa mise en ligne. Il n’en faut pas plus au producteur de films de skate et de snowboard pour réaliser que la pêche à la mouche compte de nombreux adeptes qui ne demandent qu’à être nourris d’aventure.

Une marque, un buzz

Fred Campbell n’en revient toujours pas. « On a commencé ça entre chums, pour le fun, et voilà que Hooké est en train de devenir la référence mondiale pour la pêche à la mouche », s’exclame le leader de la tribu. Hooké, ce ne sont pas que des films de grande qualité. C’est aussi une tournée d’événements attirant chaque fois plusieurs centaines de mordus, une plateforme web avec plus de 25 000 visites par mois (de partout dans le monde), une page Facebook regroupant 10 000 fans et plus de 100 000 $ de vente en ligne de casquettes aux couleurs de la marque.

« Hooké s’est vite fait un nom à l’échelle mondiale. On nous appelle de partout pour participer à des festivals de films et à de grands événements de plein air. On nous a aussi approchés pour une émission de télé… on y pense », poursuit celui qui, à quatre ans, pêchait déjà avec son grand-père sur les lacs entourant Québec. Une chose est sûre : pas question pour Fred Campbell de vendre son âme. « On veut que la marque Hooké reste pure. Il faut qu’elle soit rentable, mais pas à n’importe quel prix. »

FOU SOUVENIR

« L’Ungava, c’était surréaliste. Mais pêcher la truite indigène à dos de cheval dans les spring creeks (ruisseaux) de Patagonie avec les gauchos argentins, c’était aussi assez magique! »

Pros sur toute la ligne

Les films de Hooké n’ont rien d’amateur. Ils sont faits par des professionnels de l’image capables de transmettre des émotions fortes : panoramas sous-marins, lancers au ralenti, combats entre géants, paysages bucoliques et images festives autour du feu, tout ça sur fond de musique entraînante.

À ce jour, Hooké a réalisé 4 longs métrages et 28 vidéos pour le web. Son plus récent film tourné en Ungava – An Expedition to No Man’s Land – fait partie de la tournée canadienne et américaine du International Fly Fishing Film Festival, le plus gros festival de pêche au monde. On pourra aussi le voir au Festival REGARD sur le court métrage de Saguenay.

Selon Fred, en plus d’un divertissement, les films sont aussi un moyen de conscientiser les gens à la protection de l’espèce, d’où la remise à l’eau systématique pour tous les membres de la tribu Hooké. La pêche à la mouche est un beau prétexte pour amener les gens à aller jouer dehors, à déconnecter et à profiter de la vie, humaine comme marine.

hooke.ca

 

 

Les routes de la soie

À proximité de Québec, voici cinq destinations incontournables pour amateurs de pêche à la mouche.

1.  Parc national de la Jacques-Cartier

La rivière Jacques-Cartier offre 30 km de territoire de pêche à gué, accessible en voiture. On peut aussi louer un canot et taquiner l’omble de fontaine en eaux calmes. Le parc offre plusieurs possibilités d’hébergement en refuges, chalets, camping sauvage et tentes Huttopia.

2. La rivière du Gouffre en Charlevoix

À une heure à l’est de Québec, la rivière du Gouffre est un paradis pour les pêcheurs de saumon. On y pêche à la journée dans les fosses d’une rivière en méandres qui se jette dans le fleuve. On dort en gîte rural ou en auberge (à Baie-Saint-Paul) ou on s’offre le chalet rustique (au Camping Le Genévrier).

3.  Réserve faunique de Portneuf

Près de 150 lacs et 11 rivières sont dispersés dans 6 secteurs d’hébergement et offrent une grande variété d’espèces : omble de fontaine, touladi, omble chevalier, omble moulac et maskinongé (dans le secteur Desrochers, plus à l’ouest). Pêche à la journée et hébergement en chalet.

4.  Parc national des Grands-Jardins en Charlevoix

Avec ses 60 lacs répartis dans quatre secteurs d’hébergement, le parc national des Grands-Jardins est l’un des rares territoires au Québec à offrir exclusivement la pêche d’omble de fontaine indigène. La nouveauté de l’été? Un forfait pêche et dodo en tente Huttopia (secteur Pied-des-Monts et camping Arthabaska).

5.  Rivière Sainte-Marguerite (Sacré-Cœur)

À 15 minutes de Tadoussac, cette rivière compte plus de 75 fosses sur plus de 100 km. On profite d’une randonnée aux baleines pour aller taquiner la truite de mer. Hébergement 100 % authentique, dont la célèbre dam pool demeure l’ultime expérience.

Moucher avec les mousses

Vous ne savez plus quoi faire avec vos ados? Offrez-leur un week-end de pêche à la mouche en famille. Adieu iPod, iPad et iPhone! Il ne reste qu’à partager les plus belles histoires de pêche.

Autour de Québec, s’initier à la pêche est facile en plus d’être une formidable occasion de renouer avec la nature, avec soi et avec les autres. Coincé dans une chaloupe, on donne de la profondeur aux conversations. En quête de rapprochement, de plus en plus de jeunes familles partent à la pêche et y jumellent souvent rando et canot-camping pour une expérience 100 % nature.

Il y a de ces sons qui provoquent l’émotion, comme celui de la soie qui se déploie dans l’air frais du matin ou le rire nerveux d’un enfant, quand ça mord enfin. En pratiquant la pêche, les souvenirs que l’on crée ont aussi des parfums de bois dans la cheminée, de chocolat chaud et de guimauves grillées autour du feu. Tout cela ne serait rien sans l’esprit rassembleur qui anime la fin de la journée, quand chacun y va de sa petite histoire.

Contrairement à la plupart des sports à la mode, il est possible de s’équiper pour peu. Plusieurs territoires de pêche offrent la location d’équipement et les cours d’initiation en plus de forfaits pêche à la journée ou en formule séjour. Se lever au petit matin et scruter le territoire, repérer la décharge d’un lac, lire le vent et le courant d’une rivière, reconnaître les abris favoris des poissons… il y a autant de stratégies qu’il y a de types de mouches. Une chose est sûre : la pêche incite les jeunes à aiguiser leur sens de l’observation. Et cela ira jusqu’à remettre les trophées là d’où ils viennent pour le simple plaisir de protéger l’espèce.

Pêche 101

Dès le printemps, plusieurs réserves, associations et commerces (dont Latulippe) offrent des cours d’initiation incluant des ateliers de lancer, de nœuds et de fabrication de mouches. Les cours varient entre 100 $ et 200 $ la session; plusieurs sont ouverts aux enfants.

Par: Diane Laberge

Images: Hooké

(Cet article est paru dans le numéro 7 du magazine, page 74.)

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