Quatre à quatre

Escaliers Qc 126

Ils font à Québec quelques cicatrices sur son front : près d’une trentaine d’escaliers qui barrent son paysage, racontent l’histoire de la ville et témoignent de l’obsession actuelle pour la forme physique en devenant terrain d’entraînement.

Faut arriver par la voie des eaux pour bien comprendre l’ampleur du problème que pose Québec depuis sa fondation. Son cap rocheux du haut duquel ses beautés contemplent le fleuve n’apparaît plus alors comme un simple obstacle. Lorsqu’on approche et accoste, presque dans l’ombre de la haute-ville, on voit bien qu’il s’agit d’un mur. Une falaise dont l’envergure confine à la menace, ce qu’avait bien senti Alfred Hitchcock qui, dans les premières scènes de son film I Confess (qui a inspiré Le Confessionnal à Robert Lepage), abuse des contre-plongées où, vu d’en bas, même le Château Frontenac prend un air inquiétant. C’est dire le pouvoir de suggestion de l’escarpement.

Dès le début de la colonie, donc, les escaliers se sont multipliés, balafrant Québec de volées de marches qui étaient autant de témoins de la mainmise de l’homme sur cette topographie hostile. Ils étaient plus pratiques pour les piétons que les voies carrossables qui serpentent de haut en bas à n’en plus finir. Et avec le temps, ils deviendraient l’un des emblèmes de la ville.

On en trouve aujourd’hui près de 30. Certains se contentent d’épouser le relief avec leur structure de bois. C’est le cas de celui du Cap-Blanc, le plus long, et au sommet duquel on aboutit sur les plaines d’Abraham. C’est d’ailleurs le favori des sportifs (voir l’encadré), et il n’est pas rare, par beau temps, de littéralement s’y marcher sur les pieds tandis que des hordes de coureurs, de cyclistes et autres masochistes de la jambe en quête d’un entraînement exigeant s’y époumonent en gambadant sur ses 398 marches.

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Mais les plus beaux escaliers de Québec sont ceux en fer forgé. On en trouve deux dans le Vieux-Québec (le Casse-Cou et le Charles-Baillargé), et deux autres reliant le quartier Saint-Jean-Baptiste à Saint-Roch : l’escalier Lépine, tout juste à l’ouest des bretelles de l’autoroute Dufferin, et l’escalier du Faubourg, au confluent de la côte d’Abraham, de la rue de la Couronne et de la rue Saint-Vallier Est. Tous construits à la fin du 19e siècle, ils partagent le même concepteur : l’architecte municipal Charles Baillargé. Avec leurs arches décoratives, l’ornementation inspirée du style Haussmann (très courant à Paris) et leurs contremarches ouvragées, ils étaient, lors de leur conception, des symboles de modernité.

Certains avaient pour but d’inspirer confiance au touriste, qui était alors une espèce relativement nouvelle dont on souhaitait la multiplication. Les autres étaient une main tendue par le pouvoir municipal aux utilisateurs du peuple qui descendaient ces marches pour aller jusqu’aux chantiers navals au bord de la rivière Saint-Charles, ou alors pour faire les boutiques de la rue Saint-Joseph. Au sommet de l’arche de l’escalier Lépine, on a d’ailleurs fondu la tête du maire de l’époque : Langelier.

Mais entre forme et fonction subsiste toujours une même poésie dans ces constructions qui ne sont finalement que des échelles stylisées : manières de s’élever et de contempler l’horizon, de parcourir le territoire de cette ville où la haute-ville n’a plus rien de menaçant. Et en imposant son intelligence à la cruauté de la topographie, l’humain montre ici qu’il peut allier la conquête et la beauté.

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Plus dur qu’un marathon

Le Défi des escaliers de Québec est une des épreuves de course à pied les plus exigeantes qui soit : en 19 km on s’enfile la totalité de ce qu’il y a à monter en ville. « L’année où j’ai terminé en deuxième place, j’avais fait le marathon d’Ottawa quelques semaines plus tôt. Le marathon était clairement plus facile », se souvient Philippe Gauvin. Lui qui pratique aujourd’hui les ultramarathons sur sentier affirme qu’il s’agit de l’une des courses les plus brutales auxquelles il a pris part.

Le défi des escaliers aura lieu le 14 juin

couriraquebec.com

Quatre entraînements pour grimpeurs

Tant de sportifs s’y entraînent pour une bonne raison : courir dans des escaliers est extrêmement difficile, et donc payant. L’explication de la kinésiologue Myriam Paquette est que le terrain est propice à un effort cardiovasculaire et musculaire intense. Mais avant de grimper toutes ces marches pour se mettre en forme, il faut précéder l’un des programme suivants par des séances de musculation en salle afin d’éviter les blessures.

VO2 max
Exécuter 2 à 4 séries de 5 à 10 répétitions de 10 à 30 secondes chacune (le repos égal au temps d’effort entre les répétitions, plus 3 minutes de repos entre les séries). Choisir une intensité qui permettra de maintenir la vitesse jusqu’à la fin de la séance. 
Endurance
Monter trois paliers et en redescendre deux, jusqu’au haut des escaliers. Redescendre ensuite tranquillement les escaliers jusqu’en bas et recommencer jusqu’à cinq fois. 
Musculaire
Exécuter des sauts groupés, des foulées bondissantes (2 ou 3 marches à la fois) ou des cloches-pieds en développant à chaque répétition une puissance maximale pour 10 répétitions. Prendre 40-60 secondes de repos en restant sur place, puis recommencer.
   Vitesse
Monter les marches une à une en minimisant le temps de contact du pied au sol et avec une vitesse de mouvement maximale. Commencer par faire des répétitions de 10 secondes et allonger jusqu’à 20 secondes. S’allouer un repos double, puis recommencer. 

 Par David Desjardins
Photo Kimon Berlin

(Cet article est paru dans le numéro 3 du magazine, page 44-46.)

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