SJB, la splendeur du chaos

SJB La splendeur du chaos

Saint-Jean-Baptiste est à la fois chaos et splendeur. Ce quartier recèle de lieux précieux, d’enclaves de fraîcheur et de vert tendre, de beautés cachées que révèle, lorsqu’on parvient à l’ouvrir, son écrin fiévreux, bitumé, couvert de fils électriques entremêlés, d’affiches de spectacle. Il est ponctué de portes cochères et liséré de devantures agrippées les unes aux autres.

La vie se passe ici en devers, à flanc de cap, les rues déboulant sur d’étroits chemins.

On y remonte en ahanant. Les côtes sont pentues, brutales. Elles sculptent les mollets et l’architecture. Tout ici semble hissé, les coins de rue lancés dans le vide, comme des têtes de proue.

Comme dans un organisme vivant, un réseau de veines asphaltées qui tutoient la gravité confluent vers la rue Saint-Jean. Qu’on arrive d’un peu plus haut ou d’un peu plus bas, le flot d’humains se rejoint là. Et il semble évoluer plus lentement qu’ailleurs.

Peut-être est-ce topographique : on ne peut pas toujours courir en remontant des côtes à pied. Ou peut-être est-ce parce que SJB a longtemps été le refuge des étudiants, des artistes, et qu’il l’est encore.

Malgré ses bars, malgré l’effervescence du seul rendez-vous nocturne gay, malgré ses restaurants et, là où la rue Saint-Jean transperce le vieux quartier, l’artère d’Honoré-Mercier qui pompe les voitures comme un liquide vital, affolé, de haut en bas et de bas en haut, SJB continue de se la jouer cool.

Quartier fafouin, il a fait d’un cimetière un parc. De là, on voit trop bien la Tour Saint-Jean, rare horreur du secteur. Vision apaisée par l’image de son plus célèbre locataire, l’auteur Jacques Poulin, sans doute occupé à écrire pour une millième fois ce quartier où il traîne son spleen et son mal de dos.

C’est un lieu de chaos. De bruit. De poubelles qui s’accumulent devant les portes. Puis, l’une d’elles s’ouvre à vous, et vous découvrez, à l’arrière des cours d’une beauté sauvage, des arbres cachés par les maisons, eux aussi accrochés au cap, et des vues sur l’horizon qui annihilent instantanément la légère claustrophobie qu’entraîne parfois ce réseau de rues serrées.

Là, vous comprenez comment opère ce quartier suspendu dans le temps et à la falaise. Sa discrétion est un leurre. Entre les hauteurs de Montcalm, à la porte du Vieux, léchant les escarpements rocheux, SJB surveille de possibles assauts contre son art de vivre unique.

Par David Desjardins

Photo: Office du Tourisme de Québec

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